Spirituel 2018-01-24T13:59:57+00:00

UN LIEU AUTHENTIQUE

Rien n’a changé ici depuis plus de deux cents ans. Un lieu simple à l’image d’une famille de croyants qui va traverser la tourmente révolutionnaire appuyée sur sa foi. Un lieu simple à l’image de Jean-Marie Vianney et de son humilité.

DIEU Y FAIT PARTIE DE LA VIE QUOTIDIENNE

Dieu est ici présent, simplement, au cœur du quotidien ; il y est incarné. Il fait partie de la vie de la famille.

Le petit Jean-Marie, âgé de quinze mois refusa un jour de manger, raconte sa sœur Marguerite, jusqu’à ce que sa mère réalise qu’elle avait oublié de lui faire faire le signe de croix habituel.

Très tôt, Marie Vianney a appris à ses enfants à sanctifier chaque heure qui commence par une courte prière dès que l’horloge sonne, cette grande horloge qui est encore là, dans l’angle de la salle commune.

Lorsque les cloches de l’église y invitaient, c’était le moment de réciter l’Angelus.

Le soir, toute la famille priait ensemble. C’était ensuite un moment d’intimité où sa mère ou sa grande sœur Catherine lui parlaient de l’enfant Jésus, de la Sainte Vierge, de son bon ange. Il fut ainsi très tôt introduit aux vérités de la foi, de manière très simple.

« A la belle saison, Matthieu Vianney partait aux champs de très bon matin. Dans la journée, sa femme le rejoignait avec tout son petit monde. Catherine et François l’aîné, une badine à la main, la précédaient de quelques pas, chassant devant eux les vaches et les brebis de la ferme. Un âne suivait qui portait Jean-Marie et marguerite, surnommée Gothon. Une fois au pré, les enfants s’ébattaient dans l’herbe ou veillaient sur le troupeau à la pâture. Jean-Marie, gai et boute-en-train, mettait de l’animation dans les jeux. » (F. Trochu)

Jean-Marie, à quatre ans, possédait un joli chapelet auquel il tenait beaucoup. Un jour, Gothon exigea qu’il le lui donne, avec cris et trépignements. Marie Vianney demanda à son fils de donner son chapelet « pour l’amour du Bon Dieu ». Jean Marie obéit en sanglotant. Pour sécher ses pleurs, sa mère lui fit alors cadeau d’une petite statue en bois de la Sainte Vierge, qui se trouvait sur le manteau de la cheminée. Soixante dix ans plus tard, il dira : « Oh ! Que je l’aimais cette statue. Je ne pouvais m’en séparer, ni le jour, ni la nuit… La sainte Vierge, c’est ma plus vieille affection : je l’ai aimée avant même de la connaître. »

LA PRIERE DANS LA BERGERIE

« Un soir, vers l’âge de quatre ans, Jean Marie sort sans rien dire. Sa mère s’aperçoit de sa disparition. Elle appelle. Elle écoute. Aucune réponse. Elle cherche avec une anxiété croissante dans le courtil, derrière les meules de bois ou de paille. Son petit garçon reste introuvable. Et lui qui répond toujours au premier appel ! Tout en se dirigeant vers l’étable où il peut être caché, la mère songe, grand Dieu ! à ce trou d’eau profonde et noire où le bétail s’abreuve !… Mais que découvre-t-elle dans un coin d’ombre, agenouillé entre deux animaux qui ruminent paisiblement ? L’innocent qui prie avec ferveur, les mains jointes sur sa statuette de la Vierge. Marie Vianney enlève son fils dans ses bras, elle le presse contre son cœur.

“O mon petit, tu étais là ! s’écrie-t-elle dans un flot soudain de larmes. Pourquoi donc te caches-tu pour faire tes prières ? Tu sais bien que nous les faisons ensemble …“

L’enfant ne voit plus que le chagrin causé à sa mère. “Pardon, maman, je ne savais pas… Je ne le ferai plus !“ gémit-il, en se laissant bercer dans ses bras. » (F. Trochu).

LA MAISON DU PAUVRE

Cette maison était très hospitalière. Les voyageurs et les pauvres y étaient régulièrement accueillis dans la vaste cuisine, devant la cheminée. A la longue table ils partageaient le repas des Vianney et, le soir, ils montaient dormir au-dessus du fournil sur une bonne couche de paille. Les femmes, elles, étaient accueillies dans la ferme voisine, de la famille Vincent.

BERGER

A sept ans (mai 1793), Jean Marie était assez grand pour se rendre utile en gardant les bêtes. Deux fois par jour, il sortait l’âne, les vaches et les brebis et les emmenait au vallon de Chantemerle, accompagné de sa petite sœur, Gothon. Toute sa vie il en conservera un cher souvenir : « J’étais bien heureux lorsque je menais paître mes brebis et mon âne. J’avais le temps de prier le Bon Dieu et de penser à mon âme« . Il y avait, du côté du ruisseau, un saule miné de vers. Jean Marie plaçait sa statuette de Marie dans un trou du vieil arbre, l’entourait de mousse, de branchages et de fleur, puis à genoux il égrenait son chapelet. Les bords du ruisseau de Chantemerle avaient remplacé l’église désaffectée où personne ne priait plus.

Il y avait d’autres petits bergers et Jean Marie se mêlait à leurs jeux ; mais déjà il avait le souci de les former au niveau de la foi, que les adultes n’enseignaient plus guère. Et il concluait avec gravité « Allons, mes enfants, soyez bien sages, aimez bien le Bon Dieu« . Sous les ombrages de Chantemerle, naissait sa vocation de berger des âmes.